Toutes les histoires Qui suis-je?


La question de la langue pourrait sembler dérisoire… Après tout, qu’on communique comme ci ou comme ça, du moment qu’on arrive à se faire comprendre, ça suffit, non ? Hum… Non.



Le fond du problème, ce n’est pas que ce genre de vesseur s’exprime en franglais corporatif. Le fond du problème, c’est que ce cela révèle la pauvreté intellectuelle de l’entreprise moderne… Un monde renfermé, replié sur lui-même, où la hiérarchie simplifie drastiquement les questions de compétence (fais ce que je te dis), où l’univers des possibles est limité par les buts à atteindre (produire, vendre, produire, vendre), où la créativité ne sert à rien d’autre qu’à perdre du temps (te pose pas de questions), et où l’esprit critique est un risque que l’entreprise ne veut pas courir (avançons tous dans le même sens, droite, gauche, droite, gauche !). Les employés de bureaux - et les cââdres, qui se croient supérieurs parce qu’ils sont mieux payés - choisissent ces mots-là parce que dans leur travail, les autres mots ne servent à rien, et que leur usage peut même être interprété comme un signe d’insoumission. Il y a des boîtes où dire « faire suivre » et « chef » au lieu de forward et manager est suspect…

Pour se comprendre, il ne suffit pas de parler la même langue, comme ces deux indigènes : encore faut-il avoir un peu de vocabulaire.

Dans cet univers très épanouissant, où il n’y a qu’une manière de faire les choses - la plus efficace - l’anglais s’est imposé. Pas seulement parce que les grandes entreprises américaines gouvernent le monde… Mais parce que l’anglais se plie merveilleusement à cette exigence d’efficacité. Une phrase très précise de 5 mots en anglais se traduit parfois en 12 mots pour atteindre la même précision en français.

Eh bien moi, je les trouve couards, ces travailleurs qui refusent de dire 12 mots au lieu de 5. Au nom de l’efficacité, ils appauvrissent leur travail et leur pensée, et acceptent de subir et de pratiquer une série de clichés langagiers tout à fait épuisants. Pas étonnant qu’ils finissent par faire des couilles-dehors. Des burn-out, quoi.

Il ne s’agit pas d’un combat pour la langue française. Il s’agit d’un combat pour que l’intelligence survive en milieu hostile : l’entreprise.

Michel de La Teigne

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