Toutes les histoires Qui suis-je?


Certaines personnes sont tellement importantes, que le monde autour d’elles n’existe pas. Vous pouvez avaler un bretzel de travers et crever, elles continueront à beugler au téléphone, en vous priant de vous étouffer silencieusement, parce que raconter à leur copine Caroline leur mépris pour le gros Etienne est autrement plus essentiel que votre survie.


Comme si le boucan des bouchons ne me suffisait pas… Il faut qu’en plus des klaxons d’attardés et des motards mono-neuroniques, je me tape le bruit de mes clients ! Il y a les sonneries de téléphone - toujours la même sonnerie, paramétrée par défaut dans leurs iPhones à 700€, et ils croient tous qu’ils « pensent différent »… Il y a les excès de leurs casques, et les restes de Rihanna après un passage dans des intra-auriculaires mal réglés, c’est pas beau à entendre… Et puis, pire que tout, il y a leurs logorrhées téléphoniques, ces incontinences chiasseuses où ils racontent leur vie sexuelle affligeante, le dernier épisode débile de « l’Amour est dans le pré » ou leurs souffrances pathétiques au travail, à cause d’un manager dont, personnellement, je comprends l’impatience et la sévérité face à leur soumission coupable.

Le bruit extérieur produit par ces olibrius masque le vide intérieur de leur âme. La quantité de décibels qu’ils émettent est même inversement proportionnelle à l’intérêt de leur personnalité ; j’ai pu éprouver cette théorie à de nombreuses reprises, et je mériterais le prix Nobel de physique pour l’avoir découverte.

Derrière certaines personnalités débordantes, se cache un vide abyssal. On se rend compte, mais trop tard, que tout est faux.

Si j’en trouvais un ou une qui lisait un livre tranquillement, une fois, une seule fois, en écoutant sans broncher mon jazz à la radio et en m’adressant un sourire aimable au moment de monter, je lui offrirai la course, foi de Michel. Encore faudrait-il que ce soit un vrai livre, pas la serpillère Oops ! ou le dernier Guillaume Musso. D’ailleurs - en passant - on est souvent injuste avec Guillaume Musso, quand on condamne la banalité consommée de ses histoires : on oublie Marc Lévy. Marc Lévy a été un précurseur pour Guillaume Musso.

Tout dans ce bas-monde nous pousse hors de nous, à rechercher la reconnaissance des autres, à avoir plus d’amis Facebook, plus de relations en cravate sur LinkedIn, plus de vues sur notre chaîne Youtube et plus de superlikes sur Tinder. Au lieu de nous rapprocher des aliénés dans notre genre, on pourrait goûter, de temps en temps, aux merveilleux bienfaits de la solitude. La solitude désirée, bien sûr - pas celle que l’on subit par le mépris des autres - a permis à tous les grands artistes, aux penseurs, aux auteurs consciencieux (pas ceux que je viens de citer, hein) de créer des chefs-d’œuvre. Mais mes contemporains, n’ayant rien fait par eux-mêmes et espérant tout du regard des autres, s’étonnent de n’avoir aucune estime de soi… Les cons. Ils devraient chercher un peu en eux-mêmes ce qui leur manque tant.



Et moi, il y a des jours où j’envie les sourds, je vous jure. Avec certains clients en particulier, ceux qui n’ont rien à dire, mais font toujours le plus de bruit.

Michel de La Teigne

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