Toutes les histoires Qui suis-je?


Elle a bon dos, la fraternité ! L’invoquer pour obtenir une ristourne, je trouve ça minable. Une preuve de plus qu’elle peine à exister en France.



Liberté, égalité et c’est tout. D’ailleurs, la dernière fois qu’une figure politique a parlé de la troisième dans notre pays, c’était Victor Hugo, en 1862, dans Les Misérables. Ça fait 155 ans, et c’était un roman.

Sérieusement, regardons-nous dans la glace. La liberté, ça oui ! Nos hommes politiques défendent les libertés de culte, d’expression et de conscience : c’est très bien. Le chemin parcouru depuis l’Ancien Régime - où régnaient en maîtres les privilèges et l’arbitraire - est exemplaire. On est allés tellement loin dans la conquête de nos libertés, que nos chers députés défendent même des libertés nouvelles : la liberté d’Areva de mettre nos vies en danger, la liberté de Monsanto de breveter le vivant, la liberté des restaurateurs de nous vendre du congelé sans l’indiquer sur leurs menus… Vraiment, en France, grâce à la soif de liberté des lobbies et à la servilité de nos parlementaires, nous sommes très gâtés.

L’égalité aussi a ses gardiens : nous avons tous les mêmes droits… Et c’est déjà formidable. Dans d’autres régions du monde, c’est encore une utopie. Evidemment, certains ont, en plus, les moyens de défendre leurs droits ; d’autres non. Un procès ? Votre adversaire aura peut-être Maître Dupont-Moretti et ses 10.000 € de l’heure, et vous aurez un avocat commis d’office payé 250 € bruts pour la totalité de sa prestation, mais enfin, chacun a le droit d’être défendu - ce n’est pas si mal. L’égalité des chances ? Nos grandes écoles sont remplies d’enfants de cadres en entreprises, de médecins et de ministres, mais le concours d’entrée est le même pour tout le monde, personne ne peut le nier. L’égalité des droits est un bon début.

Grâce aux philosophes des Lumières et aux combats des travailleurs, des laïcs et des féministes, nous avons conquis des pans entiers de liberté et d’égalité - dont l’Etat est le garant.

« Toutes les races sont égales, mais certaines races sont plus ou moins égales. » Ça ne veut strictement rien dire… Mais c’est la preuve qu’en France, nous avons la liberté d’expression.

Alors on pourrait penser qu’en matière de fraternité aussi, nous avons avancé. Eh bien, la Sécu et notre système de retraites constituent deux bons outils de fraternité… Mais c’est tout. La fraternité n’est pas incarnée, elle est absente de tous les discours politiques. Nous avons 150.000 sans-domicile en France, et aucun homme politique - ou presque - ne veut les aider. Des millions de migrants s’échouent sur les plages et dans les mers d’Europe, et l’écrasante majorité des gouvernants de notre belle « Union » ne parlent que de quotas et de renvois. Nous avons 2,6 millions de logements vides en France, mais c’est tellement mieux de ne pas s’en servir. La fraternité française est un spectre. On pourrait l’effacer des frontons de nos mairies : ce serait plus honnête.



Je lance un appel solennel à tous les hommes politiques : le prochain qui prononce le mot « fraternité » aura ma voix. Je sens que je vais encore voter blanc, puisque Coluche est mort.

Michel de La Teigne

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