Toutes les histoires Qui suis-je?


Quelque chose m’a toujours mis mal à l’aise dans le métier d’avocat. Quand on est bouleversé par l’injustice, on rêve de devenir juge. Rêver de devenir avocat, c’est déjà suspect.



Parce qu’il y a une différence fondamentale : la même qu’entre un journaliste d’investigation et le directeur de la communication d’une grande boîte. Comme le « dir com », l’avocat défend une seule partie, qui le paye. Il met en avant les faits qui l’arrangent, dissimulent et évacuent ceux qui le dérangent. Il trouve des artifices pour reporter les procès, lorsque son client n’est pas pressé que justice soit faite - ce qui arrive souvent avec les escrocs. Par principe, l’avocat n’est pas au service de la justice, il est au service d’un intérêt particulier.

Le législateur écrit les lois pour qu’elles soient plus justes. Le juge arbitre les différends, au regard des lois, pour que nul ne soit lésé. La police arrête les contrevenants, dans l’intérêt des victimes. L’administration pénitentiaire met les délinquants - et quelques migrants innocents - hors d’état de nuire. Chacun a certainement beaucoup de progrès à faire dans la pratique, mais ils ont en commun des intentions très nobles.

L’avocat ? Il gagne sa vie en prenant parti pour des clients qu’il a rarement choisis. Il est même capable de poser sa conscience sur le coin d’une table, le temps d’une affaire, pour trouver une stratégie efficace et plaider brillamment. Il faut certainement beaucoup de talent pour être un bon avocat, mais les intentions d’un avocat resteront toujours plus triviales que celles d’un juge ou d’un policier.

On peut trouver deux ou trois exceptions, bien sûr… Des avocats qui consacrent leur vie entière à une cause juste, comme Sarko Gandhi. Ce faisant, ils donnent bonne conscience, bien malgré eux, à tous les autres. Les pauvres : voir ses idéaux exploités par le cynisme de toute une profession… C’est écœurant - mais tellement prévisible.

Tiens, voilà qu’il proteste… Un avocat, c’est la garantie pour chacun d’être défendu ! Absolument. C’est bien le seul point moral du métier d’avocat. Mais il faut préciser, quand même : c’est la garantie pour chacun d’être défendu à la hauteur de ses moyens. Et bizarrement, la multinationale agricole qui paye un million d’euros pour sa défense gagne souvent contre le particulier devenu paraplégique après avoir utilisé ses produits désherbants - défendu par un novice avec une robe en polyester.



Je n’ai rien contre les avocats, mais il y a quelque chose qui cloche aujourd’hui. Quelque chose d’injuste, dans la liberté du montant des honoraires et l’inégalité implacable qu’elle engendre. Un jour - et ça ne fera pas plaisir aux ténors du barreau - une nouvelle Thémis creusera de ce côté-là, du côté du plafonnement des honoraires… dans l’intérêt de la justice.

Thémis, déesse grecque, a toujours travaillé les yeux bandés. Manifestement, dans un monde capitaliste, ça devient gênant.

Michel de La Teigne

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