Galerie Toutes les histoires Qui suis-je?


Je me doutais bien que la peur d’être banale serait une corde sensible chez Alice. Elle et moi, nous sommes faits du même bois, tout comme ma tante Nicole : nous portons l’orgueil de nous croire différents et l’arrogance de vouloir nous élever au-dessus de la mêlée.

 

Car les gens sont médiocres. C’est triste à dire, je vous assure, mais il ne faut pas se mentir… Les gens — la majorité des gens — vont chez McDonald’s, votent à droite ou à l’extrême-droite, écoutent Chérie FM ou Nostalgie, payent 100 € leur place de concert pour Marc Lavoine ou Jenifer, lisent Voici ou Gala, achètent le dernier Lévy ou le dernier Musso, partent en voyage organisé tout-inclus-mais-tout-pourri, se ruinent pour un iPhone X puis se plaignent de payer trop d’impôts, font leurs courses dans les hypermarchés… Et je ne parle même pas des records d’audience de Joséphine, ange gardien. Dans la queue du cinéma en bas de chez moi, à chaque fois que j’y passe, les gens me traitent de vieux schnock parce que je porte des vêtements démodés et que je veux voir un film indépendant. C’est trop de différence pour eux. Hier, j’ai lu sur internet un commentaire indiquant que « Invisible man était un film de bobos, et qu’il y en avait marre de tous ces films intellectuels, que ça ne valait pas un bon Marvel ». Si vous n’avez pas vu Invisible man, c’est un peu comme si quelqu’un disait : « il y en a marre d’Angèle, c’est de la musique pour intellos, ça ne vaut pas Jul ». Et si vous n’avez jamais entendu une chanson d’Angèle, vous avez de la chance.

Les gens sont médiocres… Mais ce n’est pas de leur faute. La plupart des gens sont occupés à survivre, à faire un boulot de merde pour gagner leur pain et à nourrir les trois chiards qu’ils ont eu le malheur de pondre. Tout ça ne leur permet pas de voir les choses autrement, de prendre de la distance sur ce que les forces du marché leur proposent de consommer, y compris sur le marché électoral. Et comment leur en vouloir ? On ne peut pas reprocher à quelqu’un d’essayer de survivre. Jamais.

Les gens sont médiocres… Mais il faut les aimer. C’est la multitude que nous devons servir, nous, les humanistes, les apprentis utopistes. Le grand défi n’est pas de réussir sa petite vie individuelle, mais de faire du monde un endroit meilleur pour tous. Qui croit en la civilisation doit toujours défendre le plus grand nombre, et aimer les gens même quand ils se trompent.

Les gens sont médiocres… Mais moi aussi parfois. Je confesse qu’il m’arrive d’écouter Lorie.

 

Nous sommes médiocres. Et alors ? Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains regardent les étoiles. Oscar Wilde, Alice. Tout est là : regardons les étoiles.


- Il y a beaucoup à faire, Alice, mais je sais qu’avec toi, la relève est assurée. - Dis tonton, tu me prêtes ta Batmobile ?

PS : pour Lorie, je plaisantais, hein. Abba, à la limite.

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