Galerie Toutes les histoires Qui suis-je?


Vous vous demandez sûrement pourquoi je ne le suis pas rentré dans le lard. Pourquoi je ne lui ai pas dit « Mais ta gueule, vieux pot de chambre ! Je vais te raccompagner devant ta télé et tes rediff de Jean-Pierre Pernod-Ricard. » Eh bien j’ai décidé de ne plus réagir à l’incurie de mes clients. J’ai envie de tout arrêter… y compris ces bd. Pourquoi ? La réponse à cette question est une autre question, qui tient en trois mots : à quoi bon ?


A quoi bon tenter de redresser les idées d’une courgette farcie de préjugés, alors qu’ils sont des millions de cerveaux décrépits comme elle tandis que moi, je suis un des trois taxis humanistes de Paris ?

A quoi bon lutter seul contre tous, dans l’adversité grandissante d’un monde dominé par un capitalisme fou, qui nous précipite vers l’abîme à la vitesse de la 5G alors qu’il resterait tant à sauver si nous exercions un peu notre jugement ? Les choses ont pris le pouvoir, sous le nom de multinationales ; elle sont dirigées par des psychopathes comme Bezos ou Musk, qui cherchent déjà une autre planète pour poser leur ego surdimensionné… BFM, CNews et leurs cons-sœurs à l’étranger lèchent leurs chevilles enflées sans jamais poser de questions, et servent au peuple une soupe de pensées somnifères saupoudrée de croûtons de pub, pour nous maintenir en état de consommateurs végétatifs. L’intelligence ? Elle meurt un peu plus chaque jour ; déjà, elle n’est plus qu’un spasme qui traverse un corps de temps en temps, par hasard…

A quoi bon espérer un changement, quand le changement le plus probable — il suffit de regarder au-delà de nos frontières — réside à droite, à l’extrême-droite, toujours plus loin dans l’égoïsme, le repli sur soi, le rabougrissement de l’âme sur une identité symbolique, fantasmée — Jeanne d’Arc et une saucisse de porc — supposée nous rassurer et nous faire haïr la fraternité ? Si Macron tombe, nous le savons, il sera remplacé par un ou une démagogue de la pire espèce, renforcé par les concessions anti-démocratiques que ce Jupiter de contrebande a livré à la police depuis quatre ans.

A quoi bon résister à la vague, à ces millions de gouttes d’eau sans consistance, sans volonté, moi qui ne suis qu’un galet de contestation ? On a beau se croire solide, avoir de l’esprit critique, ça ne vous sauve pas du tsunami. 

Quand je vois ce qui monte à l’arrière de mon tac, je finis même par me dire que les grovieux de Groland, francs-tireurs insolents, n’existent qu’à la télé. Et pour grombien de temps, d’ailleurs ?

« Vous pouvez vous demander pourquoi je suis pessimiste ; je me le demande souvent moi-même. Je possède la chose la plus précieuse au monde : l’amour d’une femme ; j’ai de beaux enfants ; j’ai beaucoup d’argent ; j’ai du succès comme écrivain ; j’ai beaucoup d’hommes qui travaillent pour moi ; j’ai un ranch magnifique et pourtant je suis pessimiste. Je vois les choses sans passion, scientifiquement, et tout m’apparaît le plus souvent sans espoir ; après de longues années de travail et de croissance, les gens sont plus mal à l’aise que jamais. Il y a une puissante classe dominante qui a l’intention de consolider ses possessions. Je vois des années et des années d’effusions sanglantes. Je vois la classe dirigeante qui engage des armées de meurtriers pour maintenir les travailleurs sous sa domination, pour les vaincre s’ils tentaient de déposséder les capitalistes. C’est pourquoi je suis pessimiste. »

Jack London, 1910.

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