Galerie Toutes les histoires Qui suis-je?


Alimatou a raison : on ne choisit pas grand-chose dans sa vie. J'aimerais bien écrire un livre illustré là-dessus d'ailleurs, parce que c'est une question philosophique essentielle.


Evidemment, c'est comme tout, ça dépend des gens. Si, jeune Français blanc prénommé Michel, vous grandissez avec des parents tolérants, qui vous éduquent convenablement, sans difficultés financières, vous pourrez faire un certain nombre de choix : vos études, travailler ou glander, boire ou conduire, et chacun en amènera d'autres - devenir médecin ou taxi, essayer la coke ou les champis, et ainsi de suite. A l'inverse si, jeune Sénégalaise, vous grandissez dans une banlieue défavorisée, si l'école ne vous a pas offert des conditions d'enseignement décentes, ou si, étrangère, vous êtes forcée de travailler dans la clandestinité, et de prendre le seul job où on ne vous demande pas vos papiers, vous ne choisirez pas grand-chose. Votre vie vous échappera.

Les maximes comme « La vie est une question de choix », « Rien n'est impossible » et « Il suffit de le vouloir » sont donc des inepties sans nom, motivées par le fantasme de la liberté. En réalité, la liberté est très mal partagée dans ce monde ! Nous sommes plus ou moins libres, et il ne sert à rien de prendre nos rêves pour des réalités.


Tout ça, c'était le premier niveau d'analyse. Si on creuse un peu, on se rend compte que, qui que l'on soit, on ne choisit rien dans sa vie, et que tout est illusion.

On aimerait tellement être supérieurs aux autres animaux, parce que nous aurions une âme, parce que nous serions libres, comme le vieux barbu qui nous aurait créés à son image... Redescendez, les gars ! Il y a une continuité entre toutes les formes de vie terrestre. Et aussi vrai qu'un moustique tentera de s'échapper si on cherche à l'écraser, aussi vrai qu'un chien salivera devant un os, nos décisions à nous sont déterminées. Elles s'inscrivent dans une impitoyable succession de causes et de conséquences, comme tout le reste, comme tout ce que nous connaissons - à part à l'échelle subatomique, mais je laisse ça aux physiciens.

La seule différence, c'est que nous sommes assez intelligents pour prévoir qu'un chien va saliver, mais pas pour prévoir nos actes. Nous sommes plus complexes, donc nos actes sont plus difficiles à prévoir ; ils n'en sont pas moins déterminés, et une intelligence supérieure saurait lire en nous comme nous savons qu'une nouille industrielle est cuite au bout de 10 minutes. Je ne vois pas d'autre explication convaincante : nous sommes faits de la même matière que le reste du monde, nous ne pouvons pas obéir à des règles différentes. Le libre arbitre n'existe pas.


Notre espace de liberté, c'est notre ignorance : celle qui nous empêche de prévoir nos actes et ceux de nos voisins. Heureusement que nous sommes bêtes, pour profiter de cette belle illusion : la liberté.

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