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Episodes avec Alimatou: #8  #14  #23  #27  #34  #44  #51  #58  #64  #65  #70  #82  #93  #94 



La la land. Un film romantique où une serveuse et un pianiste trop beau pour être moi chantent du gnagnan sur une bande-son américaine… Et puis quoi encore ? Cinquante nuances de Grey ? Ou la Ch’tite famille, pendant con niais ?


Franchement, osez me dire que j’ai mes chances. Et encore, ici, je rentre le ventre.

Pardon, Alimatou. Pardon de ne pas être suffisamment délicat pour au moins te demander ce qui t’aurait fait plaisir. Je suis un vieux con - je m’en doutais.

Je pourrais me lamenter et me plaindre que ma bien-aimée ne soit pas plus intello, plus politique, plus réceptive à la souffrance d’un pays et d’un peuple otage des intérêts occidentaux. Mais ce serait injuste : Alimatou a probablement eu moins de chance que moi à la naissance ; femme, noire et immigrée, elle est déjà suffisamment préoccupée par sa survie, empêtrée dans les désirs et les pulsions de ses clients malpropres, pour se préoccuper comme moi de politique internationale. Je me suis peut-être grillé définitivement.

Je pourrais aussi mettre de l’eau dans mon vin, montrer de la curiosité pour les films romantiques et les comédies musicales… Mais je ne serais plus Michel de La Teigne. Et je risquerais de faire tout ça pour rien, si malgré ces efforts pour moi surhumains, je ne parvenais pas à lui plaire… Je finirais alors par tomber dans une misanthropie encore plus grande, et ma hargne décuplée achèverait de faire de moi un aigre solitaire.

Mieux vaut me résoudre à accepter que je suis très différent d’elle. Je l’ai évidemment idéalisée, depuis le début ; c’est ainsi qu’on tombe amoureux des êtres que l’on ne connaît pas. Le sentiment amoureux est fourbe : condamnés à n’aimer que des apparences, des projections et des fantasmes, nous imaginons le meilleur ; nous nous figurons que tout va s’arranger, que le ciel va s’éclaircir à jamais ; nous nous prenons à croire, comme des moines idiots espérant la rédemption, pour finir déçus par la réalité que nous découvrons un jour. Tout compte fait, la souffrance de l’amour transi demeure plus enviable que l’effroi qui lui succède. Quand se dégèle la beauté cristallisée, la banalité apparaît et nous frappe en plein cœur.


Je n’ai même plus envie d’aller voir ce maudit documentaire. Une tisane et au lit, c’est tout ce qu’il me reste.

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